Crise présidentielle de 2019 au Venezuela
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Nicolás Maduro (gauche) Juan Guaidó (droite)
Informations générales
Date Depuis le
(5 mois et 15 jours)
Lieu Caracas (Venezuela)
Issue En cours[1]
Belligérants
Gouvernement en place

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Organismes internationaux

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Gouvernement de transition

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Commandants
Nicolás MaduroJuan Guaidó

Depuis le 10 janvier 2019, une crise présidentielle est en cours au Venezuela, rendant incertain le tenant de la présidence.

Celle-ci oppose le président sortant, Nicolás Maduro, à Juan Guaidó, qui considère illégitime la réélection du premier. Juan Guaidó est reconnu par l'Assemblée Nationale vénézuélienne comme le président par intérim du Venezuela le 24 janvier 2019 et obtient la reconnaissance d'une cinquantaine de pays[5].

Contexte

L'élection présidentielle de mai 2018 a abouti à la réélection du président sortant Nicolás Maduro. Toutefois, de nombreuses irrégularités ont été relevées, menant plusieurs observateurs à douter de la validité de l'élection[6],[7] et à considérer que Maduro gouverne le pays de façon dictatoriale, mais sans efficacité[8],[9],[10]. Des personnalités politiques nationales et étrangères ne peuvent croire que Maduro ait été légitimement élu[11]. Dans les mois précédant son investiture, le 10 janvier 2019, Maduro est encouragé à démissionner par plusieurs États et organisations internationales dont le Groupe de Lima (hormis le Mexique), les États-Unis et l'Organisation des États américains, l'insistance croissante après l'investiture de l'Assemblée nationale le 5 janvier 2019[12],[13],[14]. L'Assemblée nationale a été privée de la plupart de ses pouvoirs en 2017 après être passée à l'opposition en 2016[15].

Nicolas Maduro et son gouvernement reçoivent le soutien de l'Assemblée constituante, tandis que Juan Guaidó est soutenu par l'Assemblée nationale, contrôlée par l'opposition.

Déroulement

Manque de reconnaissance internationale

L'élection de Maduro a été saluée par la Chine, la Russie, le Mexique, et l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA)[16],[17], mais de nombreux pays et organismes internationaux ont soutenu l'Assemblée nationale dans son rejet de la légitimité de Maduro, dont certains ont coupé leurs relations diplomatiques et d'autres ont appelé à la démission ou à la destitution de Maduro[13],[14],[18],[19].

Maduro a répondu à ces accusations en dénonçant « l'impérialisme américain » et a comparé l'ingérence étrangère au colonialisme[19].

Cabildo ouvert

Article détaillé : Cabildo ouvert.
Juan Guaidó entouré de membres de l'opposition lors du cabildo ouvert à Caracas le 11 janvier 2019.

Juan Guaidó, nouvellement élu président de l'Assemblée nationale du Venezuela, a entamé des consultations pour former un gouvernement de transition dès qu'il a pris ses fonctions le 5 janvier 2019. Selon lui, que Maduro commence son mandat le 10 janvier ou non, le Venezuela n'aurait pas de président légitimement élu[20]. Au nom de l'Assemblée nationale, il fut l'un des premiers à dénoncer le maintien de Maduro à la présidence, estimant que le pays avec de facto « sombré dans la dictature » et n'avait plus de dirigeant[21], et que l'Assemblée nationale se considérait en état d'urgence[22]. C'est dans cette déclaration qu'il a appelé pour la première fois au coup d'État, exhortant « les soldats qui portent leur uniforme avec honneur de faire un pas en avant et de faire appliquer la Constitution », et qu'il a demandé « aux citoyens leur confiance, leur force, et de nous accompagner sur cette route »[22].

Il a alors annoncé qu'il tiendrait un cabildo ouvert le 11 janvier[23], qui prit la forme d'un meeting dans les rues de Caracas où l'Assemblée nationale annonça que Guaidó prenait le pouvoir comme lui permettait la Constitution du Venezuela, ainsi qu'un projet de destitution du président Maduro[24]. Le parlement révèle aussi une proposition de loi d'amnistie pour les forces armées, civiles et fonctionnaires qui participent pour « la restauration de l’ordre constitutionnel »[25],[26].

Il était aussi prévu lors de ce cabildo ouvert de laisser parler des dirigeants d'autres partis politiques et de syndicats, des femmes et des étudiants. Les dirigeants d'autres partis n'ont pas parlé de leurs dissensions, mais de ce qu'ils considèrent comme la faillite de la révolution bolivarienne qu'ils appellent donc à renverser. Les étudiants ont été représentés par Rafaela Requesens (en) (présidente de la Fédération des centres d'étudiants de l'Université centrale du Venezuela) et Marlon Díaz. Requesens a appelé à l'unité, militant pour que tous les Vénézuéliens de tous bords politiques œuvrent avec les organisations internationales qui les soutiennent à la destitution de Maduro. José Elías Torres, de la Fédération unifiée des travailleurs vénézuéliens, a lu un manifeste de leurs opinions, prêtant son allégeance à Guaidó[24].

La première réponse de Maduro au cabildo fut de traiter l'opposition de « petits garçons », décrivant Guaidó comme « immature ». Plus menaçante, Iris Varela, ministre des Services pénitentiaires, indiqua qu'elle avait déjà choisi une cellule pour Guaidó, et lui demanda de nommer rapidement un cabinet afin de la laisser se préparer pour eux aussi[27].

Dissensions au sein des loyalistes

Un des premiers signes majeurs de l'imminence de la crise fut la défection d'un juge du Tribunal suprême de justice, considéré proche de Maduro, vers les États-Unis, quelques jours à peine avant son investiture à la présidence du 10 janvier. Le juge, Christian Zerpa (es), a annoncé que Maduro était « incompétent » et « illégitime »[12],[13],[28].

S'y ajouta l'annonce par les services de renseignements américains que l'un des proches conseillers de Maduro, son ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez, aurait demandé à Maduro de renoncer à son mandat, menaçant de démissionner s'il ne le faisait pas ; il a toutefois assisté à la cérémonie d'investiture[18].

Le 26 janvier, le colonel José Luis Silva, attaché militaire à Washington, fait défection[29]. Le 2 février, le général Francisco Yanez, fait à son tour défection[30]. Le jour même, Jonathan Velasco, ambassadeur en Irak, fait également défection[31]. Le 9 février, le colonel Rubén Alberto Paz Jiménez fait de même[32].

Le général à la retraite Hugo Carvajal fait également défection le 22 février suivant[33]. Quelque 60 soldats en font de même le lendemain[34]. Ils sont environ 600 début mars[35].

Déclaration de Guaidó

Communiqué du 15 janvier 2019 par l'Assemblée nationale pour signifier une usurpation de la présidence par Nicolás Maduro.

Après le discours de Guaidó, l'Assemblée nationale a publié un premier communiqué de presse selon lequel il était désormais président par intérim. Un second communiqué remplaça le premier et clarifia la position de Guaidó, réaffirmant sa volonté de devenir président par intérim, mais précisant que le pouvoir devait encore être pris[36]. Cette motion n'était pas considérée par eux comme un coup d'État, compte tenu de l'« illégitimité » reconnue de Maduro par plusieurs gouvernements étrangers, et des processus constitutionnels que l'Assemblée nationale suivait[37], en particulier les articles 233, 333, et 350 de la Constitution vénézuélienne qu'ils invoquent[24]. Le jour-même, Guaidó a reçu une lettre du président du Tribunal suprême de justice vénézuélien en exil (en), basé au Panama, lui demandant de devenir président par intérim du Venezuela[38].

Guaidó annonce des manifestations pour le 23 janvier[37], la date anniversaire de la destitution de Marcos Pérez Jiménez en 1958[39]. L'Assemblée nationale travaille conjointement avec le mouvement citoyen Frente Amplio Venezuela Libre pour créer un plan d'action pour les manifestations[4].

L'Organisation des États américains a été la première à saluer cette action, annonçant qu'elle « voyait d'un bon œil la prise de pouvoir par Juan Guaidó comme président par intérim selon l'article 233 de la Constitution politique. Vous avez notre support, celui de la communauté internationale, et celui du peuple vénézuélien »[37]. Plus tard dans la journée, le Brésil et la Colombie ont assuré Guaidó de leur soutien dans son rôle de président par intérim[40].

Les experts en politique vénézuélienne, comme David Smilde du Washington Office on Latin America, ont suggéré que la situation pourrait mettre en colère Maduro, qui considérait déjà l'Assemblée nationale comme des traîtres depuis qu'ils n'avaient pas assisté à son investiture, et qu'il pourrait arrêter et attaquer ses membres[37]. Un ami de Guaidó a répondu qu'ils étaient au courant des risques, mais qu'ils pensaient que c'était nécessaire au retour de la démocratie[37].

Annonces de soutien

Dans la soirée du 11 janvier et le lendemain, plusieurs pays du Groupe de Lima qui n'avaient pas encore fait de déclarations en leur nom propre commencèrent à les publier. Toutes se rejoignent dans le fait de ne pas reconnaître Maduro comme président, mais elles se concentrent sur les positions individuelles de chaque État quant au non-interventionnisme dans une dispute territoriale distincte entre le Venezuela et le Guyana[41],[42],[43]. Malgré cela, le gouvernement Maduro, par le moyen de plusieurs communiqués de presse vice-présidentiels, prétend que ces pays sont revenus sur leurs déclarations et le soutiennent maintenant[41],[44]. Les faits le contredisent et les déclarations de non-intervention sont perçues comme des concessions pour éviter des actions brusques de Maduro après des menaces qu'il a porté aux membres du Groupe[41],[43]. Le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Jorge Arreaza déclare que le Venezuela a reçu des notes diplomatiques de quelques membres du Groupe de Lima à propos de la dispute territoriale[41]. Le Panama a réaffirmé les neuf points originels du Groupe de Lima, soulignant des problèmes de droit international[41]. La Colombie a réitéré les résolutions du Groupe, et a affirmé soutenir « la restauration de la démocratie et de l'ordre constitutionnel au Venezuela », précisant qu'ils n'avaient pas de position sur la dispute territoriale[42].

Le 13 janvier, Arreaza déclare qu'à l'exception du Paraguay et du Canada, auxquels ils donnent 48 heures pour se rétracter, l'ensemble des pays du Groupe de Lima ont rectifié leur position[45]. Le Groupe de Lima, hormis le Mexique qui prône une stricte non-intervention dans les affaires internes du Venezuela[46], continue de soutenir le gouvernement de transition Guaidó, le ministre des Affaires étrangères du Chili parlant même de « soutien illimité »[47].

Des entreprises étrangères ont aussi pris l'arrivée d'un gouvernement de transition comme un signe pour cesser les discussions et les négociations avec Maduro. Ce fut notamment le cas du Comité des créditeurs du Venezuela, une banque capable d'offrir des prêts au Trésor, qui n'avait pas réussi à finaliser un accord sur la dette avec Maduro en 2017 et déclare que l'Assemblée est « le seul organe démocratique légitime » du Venezuela[48] ; et des entreprises représentées par l'OFAC, comme PDVSA (la plus grande compagnie pétrolière du pays, sachant que l'industrie pétrolière est la première industrie du pays) et EleCar (es) (qui fournit de l'électricité à Caracas et dans sa région)[2].

À l'échelle nationale, c'est le parti Vente Venezuela (es), par le biais de sa présidente María Corina Machado, qui a rencontré Juan Guaidó le 12 janvier pour l'assurer de son soutien[49].

Brève arrestation de Guaidó et mutinerie au sein de la garde bolivarienne

Le 13 janvier, lors d'un trajet en voiture, des hommes du service bolivarien de renseignement (SEBIN) contrôlé par Maduro, arrêtent Juan Guaidó[1]. Il est libéré une heure plus tard[1].

Le 16 janvier, l'Assemblée nationale appelle à la « désobéissance »[50], promettant une amnistie aux militaires[51]. Le 17 janvier, des militaires arrivés au Pérou après s’être évadés de la prison militaire de Ramo Verde en décembre dernier, où ils étaient détenus pour conspiration, répondent à l'appel[52].

Le 21 janvier, 27 soldats de la garde bolivarienne appellent à ne pas reconnaître le président Maduro. Ils séquestrent 4 soldats loyalistes et volent des armes de guerre dans le poste militaire de Petare (est de Caracas)[53]. Puis ils se dirigent vers la caserne de Cotiza (nord de Caracas), où ils tournent des vidéos appelant la population à ne pas reconnaître Maduro et à les soutenir[53]. Les militaires de Cotiza décident de rester du côté du gouvernement, tandis qu'à l'inverse des habitants civils des alentours viennent manifester pour soutenir les insurgés[53]. Les militaires insurgés sont arrêtés le jour même[54] par les soldats loyalistes, tandis que les manifestants civils sont dispersés par la police à l'aide de gaz lacrymogène[53]. Les militaires de Cotiza obligent les journalistes qui couvraient l'événement à effacer les données récupérées, cependant une vidéo d'un affrontement entre la police et les manifestants civils filmée par la télévision colombienne Nuestra Tele Noticias 24 filtre sur Twitter[53]. Les militaires insurgés sont amenés à Fuerte Tiuna, le principal complexe militaire du pays[53].

Une statue d'Hugo Chávez est brûlée[55].

Autoproclamation de Juan Guaidó

Le , après une grande marche de l'opposition, Juan Guaidó s'autoproclame « président en exercice » du Venezuela et prête serment au cours d'une manifestation organisée à Caracas[56]. Il obtient immédiatement la reconnaissance des États-Unis, du Canada, du Brésil, de la Colombie et du Pérou[57],[58].

Le , la Cour suprême du Venezuela interdit toute sortie du territoire à Juan Guaido, qui s'est auto-proclamé président et qui reconnaît avoir « discuté avec le président » des États-Unis Donald Trump[59].

Le 2 février, des milliers de manifestants des deux camps sont dans les rues, tandis que Maduro propose des législatives anticipées[60].

Blocage de convois humanitaires via la Colombie

La frontière entre le Venezuela et la Colombie.

Le 6 février 2019, Maduro exprime sa crainte d’acheminement d’armes au Venezuela via des convois humanitaires. L’armée vénézuélienne bloque, de ce fait, le pont frontalier reliant les villes de Tienditas (Venezuela) et de Cúcuta (Colombie). Un député de l’opposition Franklyn Duarte, dénonce ce blocage. Pour Duarte, l’ordre de bloquer l’entrée du convoi humanitaire au Venezuela par la frontière avec la Colombie, vient directement du pouvoir de Nicolás Maduro et de son ministre de la Défense, Vladimir Padrino López[61].

Selon la politologue Maryhen Jimenez Morales de l'Université d'Oxford, le convoi humanitaire n'est autre qu'un « cheval de Troie envoyé par les alliés de Guaidó pour créer une brèche dans le soutien de l'armée à Maduro »[62].

Le 8 février, Guaidó dit ne pas exclure de demander une intervention militaire américaine pour renverser le gouvernement si celui-ci continue de bloquer l'entrée de l'aide humanitaire[63].

Le 22 février, l'homme d'affaires et philanthrope britannique Richard Branson a produit un concert de charité intitulé Venezuela Aid Live (en), en territoire colombien dans le pont qui fait la frontière avec le Venezuela, dans le but de collecter des fonds pour l'aide humanitaire et de sensibiliser le public à la crise au Venezuela[64]. Sous le coup d'une interdiction de quitter le pays, Juan Guaidó traverse la frontière colombienne et assiste à la clôture du concert[65].

Confrontations du 23 février

Le 23 février, un convoi d'aide humanitaire destiné au peuple vénézuélien quitte la ville de Cúcuta, Colombie. Au niveau des frontières avec le Venezuela sur le pont Francisco de Paula de Santander, des confrontations ont lieu entre les militaires vénézuéliens et les volontaires accompagnant le convoi [66]. Les quatre camions du convoi tentent de forcer le passage bloqué par les forces militaires vénézuéliennes [66]. Des incidents éclatent alors entre les deux fronts, les autorités vénézuéliennes lancent des gaz lacrymogènes en direction des manifestants qui ripostent avec des pierres et des cocktails Molotov[67]. Au cours de ces confrontations, deux camions d'aide humanitaire transportant des médicaments et des aliments prennent feu [66],[68]. Les volontaires sauvent une bonne partie des provisions, qui est par la suite renvoyée en Colombie [69].

Le même jour, au niveau de la frontière entre le Brésil et le Venezuela, un autre convoi est bloqué par les autorités vénézuéliennes. Les militaires vénézuéliens sont confrontés à la résistance de 2 000 indigènes de Gran Sabana qui se sont rassemblés pour venir en renfort du convoi [70]. Les autorités vénézuéliennes émettent un mandat d'arrêt à l'encontre du maire de Gran Sabana et des chefs de la communauté indigène Pemón, les accusant de rébellion[71]. La Garde nationale vénézuélienne réprime les manifestations[66], en visant surtout la communauté Pemón[65], tandis que des groupes paramilitaires attaquent des manifestants[72], laissant au moins 4 morts et environ 20 blessés[73],[74]. L’ancien gouverneur, Andrés Velásquez, déclare que 14 personnes ont été tuées. Il explique en outre qu'une grande partie des décès est liée aux conditions précaires des hôpitaux de la région[75]. Des morts et des blessés sont conduits à l'hôpital général Roraima, à Boa Vista au Brésil, où des dossiers médicaux ont par la suite montré qu'ils avaient été blessés par balle[76].

Un navire transportant de l'aide humanitaire et avec des civils présents à bord en provenance de Porto Rico tente de traverser la frontière maritime avec le Venezuela en direction du port de Puerto Cabello (Venezuela). Cette mission est abandonnée après avoir « reçu des menaces directes de tir de la part de vaisseaux vénézuéliens », selon le gouverneur de Porto Rico [66],[77].

Les affrontements à la frontière colombienne se poursuivent du 24 au 25 février entre manifestants et groupes paramilitaires [78].

Plus de 1000 militaires vénézuéliens quittent les rangs des forces armées vénézuéliennes et ont traversé la frontière colombienne. Les déserteurs remettent ces armes au gouvernement colombien et attendent les instructions de Juan Guaidó [79].

La cause de l'incendie qui a brûlé l'aide humanitaire fait l'objet de controverses, des témoins oculaires ayant attribué la cause de l'incendie aux réservoirs de gaz lacrymogènes jetés par les forces de l'ordre vénézuéliennes[80],[81],[82]. Les autorités américaines attribuent immédiatement la responsabilité de l'incendie au gouvernement vénézuélien. Le vice-président Mike Pence déclare ainsi que « le tyran dansait à Caracas pendant que ses hommes de main assassinaient des civils et brûlaient de la nourriture et les médicaments destinés aux Vénézuéliens » [83]. La journaliste vénézuélienne Karla Salcedo Flores dénonce le plagiat et la manipulation de ses photos à des fins de propagande par Tele Sur, après que la chaîne a affirmé que des manifestants avaient versé de l'essence sur les camions[84],[85]. Le député Miguel Pizarro déclare que l'Assemblée nationale dénoncerait l'incendie des camions transportant de l'aide devant la cour pénale internationale, impliquant tacitement que, selon lui, la responsabilité de l'incendie incombe aux autorités vénézuéliennes[86]. Cependant, des images inédites examinées par The New York Times et publiées deux semaines plus tard, contredisent cette version des faits et suggèrent que l'incendie a été déclenché accidentellement par un cocktail Molotov lancé par un manifestant pro-Guaidó [87]. Le ministre des affaires étrangères colombien Carlos Holmes Trujillo qualifie pour sa part devant les Nations Unies l'article du New York Times de mensonger et tient le gouvernement vénézuélien pour seul responsable de l'incendie[88].

Le contenu de l'aide fait également l'objet de controverses. Alors qu'il s'adresse au conseil de sécurité des Nations Unies quelques jours plus tard, le ministre vénézuélien des affaires étrangères, Jorge Arreaza, déclare que les camions transportant des provisions humanitaires étaient également « chargés de clous et de fil de fer », montrant ce qu'il a décrit comme des photos de cargaison saisie [89]. Avant son discours, les États-Unis et un certain nombre d'autres pays décident de boycotter le ministre en partant de la salle[90]. Salcedo Flores dénonce de nouveau l'utilisation abusive de ses photos par Arreaza et rejette l'affirmation selon laquelle les photos constitueraient une preuve des crimes présumés commis par les manifestants[91],[85]. Agence France-Presse (AFP) confirme le plagiat et la manipulation des photos de Salcedo Flores[85].

Retour de Guaido et enquête

Juan Guaidó, le président de la Colombie Iván Duque et Mike Pence en dans la réunion du Groupe de Lima (25 février).

Le 4 mars, après une tournée en Amérique latine, notamment en Colombie, au Brésil et en Argentine[92], Guaidó revient au Venezuela via l'aéroport de Caracas[93].

Le Contrôleur général du Venezuela, Elvis Amoroso, chargé de veiller à la transparence de l’administration du pays, décide d’« interdire l’exercice de toute fonction élective au citoyen [Juan Guaido] pour la durée maximale prévue par la loi » (15 ans) [94]. Le contrôleur, d'après une enquête commencée le 11 février, explique qu' « Il a effectué plus de quatre-vingt-onze voyages hors du territoire pour un coût supérieur à 310 millions de bolivars [quelque 84 000 euros au taux actuel], sans justifier l’origine de ces fonds » [94]. La constitution stipule que tous les organes et entités du pouvoir public sont soumis au contrôle et à la surveillance du contrôleur[95].

Guaidó rejette cette sanction en considérant que l'Assemblée nationale est le seul organisme qui peut désigner un contrôleur et considère Amoroso comme illégitime[94]. Le porte-parole des États-Unis, Robert Palladino, déclare que la sanction est « ridicule »[94]. Les gouvernements européens et de l'Amérique Latine du Groupe de contact international (CGI) sur le Venezuela ont condamné aussi la décision du contrôleur[94]. Les juristes constitutionnels Juan Manuel Raffalli (en) et José Vicente Haro estiment que la décision va à l'encontre de l'immunité parlementaire de Guaidó et expliquent que le contrôleur général remplit une fonction administrative et n'est pas compétent pour prendre ce type de décisions sans la validation d'un organisme juridique[96].

Pannes d'électricité

Le 7 mars, une panne d'électricité de grande ampleur touche le Venezuela. Une grande partie du pays est dans le noir complet. Le gouvernement dénonce une « guerre de l'électricité » et un « sabotage ». La centrale hydroélectrique de Guri est attaquée d'après le ministre de l'Énergie électrique, Luis Motta. Maduro accuse de son côté les États-Unis en déclarant sur Twitter que « la guerre de l'électricité annoncée et dirigée par l'impérialisme américain contre notre peuple sera mise en échec. Rien ni personne ne pourra vaincre le peuple de Bolivar et de Chávez. Patriotes, unissez-vous! ». Guaidó de son côté tweete « plus de six heures sans lumière à Caracas, c'est un record. Chaos, inquiétude, indignation. Cette panne témoigne de l'inefficacité de l'usurpateur. La renaissance du circuit électrique et celle du pays passent par la fin de l'usurpation »[97],[98].

Trois semaines avant la panne, les fonctionnaires du service électrique national Corpoelec ont dénoncé publiquement l'état de négligence avancée des installations et un manque de ressources[99]. Plusieurs fonctionnaires de Corpoelec et experts indépendants considèrent que la panne de mars est le résultat d'années de sous-investissement, de la corruption et de la fuite des cerveaux[100],[101],[102].

Au cinquième jour de la gigantesque panne de courant qui paralyse le pays, le 11 mars, le Parlement décide de placer le Venezuela en état d'alerte[103]. Une récupération progressive du système électrique a été observée dans une partie du pays à la date du 12 mars [104],[105]. Cependant, la panne persiste encore plusieurs jours après dans certaines régions[106].

Le 12 mars, Guaidó est visé par une enquête du parquet vénézuélien pour « sabotage » concernant cette panne électrique[107].

Carte satellitaire du Venezuela avant (gauche) et pendant (droite) la première panne.

Le 21 mars, le député et chef de cabinet de Guaidó, Roberto Marrero (en), a été arrêté par des agents du Service bolivarien de renseignement national (SEBIN). Le secrétaire d'État des États-Unis, Mike Pompeo a condamné son arrestation et le conseiller à la sécurité nationale des États-Unis John R. Bolton a prévenu que l'arrestation « ne resterait pas sans réponse ». Le groupe de Lima declare qu'il « rejette et condamne énergiquement la détention illégale de Roberto Marrero » et « demande (sa) libération immédiate au régime illégitime et dictatorial de Nicolás Maduro »[108],[109]. L'ONU a également demandé des « mesures immédiates pour apaiser les tensions » et l'Union européenne a appelé à une libération de l'opposant[109]. La France a insisté sur « l’arrêt de la répression contre l’opposition au régime de Nicolas Maduro »[109].

Le 25 mars, une nouvelle panne nationale a lieu[110],[111]. La plupart de villes du pays se récupèrent de la panne trois jours après[112].

Le 29 mars, une troisième panne nationale a lieu[113],[114]. Après leur protestations du week-end du 30 et du 31 mars contre la pénurie d'eau et d'électricité persistante, Maduro annonce un plan de rationnement d'électricité de 30 jours [115] ,[116]. Des manifestations contre les pénuries d'eau et d'électricité ont été réprimées par les forces policières et par des groupes paramilitaires proches au pouvoir incités par Maduro[116],[117].

Rapports internationaux sur la crise humanitaire et annonce de l'arrivée de la Croix rouge

Pendant la panne, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH) dirigé par Michelle Bachelet visite le Venezuela. Le 20 mars devant le Conseil de droits de l'homme, Bachelet exprime sa préoccupation sur les violations de droits de l'homme au Venezuela et la possible déstabilisation de la région. Bachelet a dénoncé les assassinats extrajudiciaires commis par les forces policières vénézuéliennes (FAES) d'environ 205 personnes[118],[119]. Bachelet a aussi expliqué que les autorités vénézuéliennes ont refusé de reconnaître la gravité de la crise alimentaire et de santé qui a entraîné la crise migratoire depuis 2015. Elle critique également les nouvelles sanctions imposées par les États-Unis au Venezuela : « Je crains que les récentes sanctions sur les transferts financiers liés à la vente de pétrole vénézuélien aux États-Unis puissent contribuer à aggraver la crise économique, avec des répercussions possibles sur les droits fondamentaux et le bien-être des personnes »[119],[120].

Le 25 mars, un nouveau rapport des Nations Unies est publié sur la situation au Venezuela. Selon le document, plus de 94 % de la population vivait dans la pauvreté en 2018. C'est indiqué aussi que le manque d'accès à l'eau potable a produit la réapparition des maladies comme la tuberculose, l'hépatite A et la diphtérie. Autour de 3.6 millions de personnes habitent comme réfugiés ou migrants dans les pays voisins au Venezuela, un bilan qu'augmente de 5000 personnes par jour[94].

Le 29 mars, le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge annonce une première mission au Venezuela dans les deux semaines. Selon Francesco Rocca, président de l'organisation, cette première intervention pourrait aider autour de 650 000 Vénézuéliens[121].

Le 4 avril, dans un rapport conjoint entre le Human Rights Watch et l'école de santé publique de l'Université Johns-Hopkins, appellent aux Nations Unies à « diriger une opération humanitaire à grande échelle » au Venezuela dû au « nombre croissant de décès maternels et infantiles, de la propagation incontrôlée de maladies évitables par la vaccination »[122].

Avril : Poursuite judiciaire contre Guaidó et l'Opération Liberté

Le , le président du Tribunal suprême de justice du Venezuela, Maikel Moreno, demande à l'Assemblée nationale constituante vénézuélienne (ANC), qui est exclusivement composée de partisans de Maduro et non reconnue par l'Assemblée nationale, de lever l'immunité de Guaidó[5],[123]. Le 2 avril, l'ANC lève l'immunité de Guaidó et autorise les poursuites pénales pour usurpations de fonctions[124]. L'Union européenne condamne la décision prise par l'ANC[125].

L'administration de Maduro décide le de remplacer le ministre de l'Énergie, le général à la retraite Luis Motta Domínguez en poste depuis 2015, par l’ingénieur Igor Gavidia León[5].

Le des nouvelles manifestations appelées par Guaidó ont lieu à Caracas et à l'intérieur du pays[122]. Des dizaines de milliers de personnes protestent contre Nicolás Maduro qu'ils considèrent responsable de la crise économique[126],[122]. Juan Guaidó se joint aux manifestants à l'est de Caracas. Guaidó considère ces manifestations comme le début d'une nouvelle phase « définitive » qu'il a baptisée l'Opération Liberté[122], ayant pour objectif de chasser Maduro du pouvoir[126]. À Maracaibo, la deuxième plus grande ville du Venezuela, les forces policières détiennent deux députés d'opposition et répriment violemment les manifestants [126]. Nicolás Maduro convoque également des milliers de partisans devant le palais présidentiel [126]. Maduro relance l'appel pour un grand « dialogue de paix »[126].

Une autre panne nationale a lieu le [127]. Guaidó appelle la population à manifester. Des groupes d'habitants se rassemblent en divers points de la capitale et du pays[128]. Le même jour, Maduro, qui avait toujours nié que la situation actuelle puisse être qualifiée de crise humanitaire, annonce que son gouvernement et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) se sont mis d’accord pour « apporter toute l’aide humanitaire qu’il est possible d’apporter »[129].

La première cargaison d'aide humanitaire de la Croix Rouge arrive au Venezuela le 16 avril[130]. Elle contient du matériel médical et des groupes électrogènes destinés aux hôpitaux[131].

Gilber Caro (en), membre du parlement vénézuélien, est arrêté par le service de renseignements (SEBIN), le 26 avril[132]. « Nous nous élevons contre le fait que la dictature a de nouveau arrêté de manière arbitraire le député @gilbercaro en violation de son immunité parlementaire », ont écrit les députés sur le compte Twitter de l'Assemblée nationale [133],[132]. Caro et Guaidó sont membres du même parti politique : Volonté populaire (Voluntad Popular)[132].

Tentative de soulèvement militaire du 30 avril

Leopoldo López, à côté d'un soldat pro-Guaidó après avoir été libéré.

Le 30 avril, Leopoldo López, homme politique arrêté en 2014 et en résidence surveillée, est libéré par des militaires pro-Guaido du SEBIN[134]. Guaidó et López se rendent devant la base militaire de La Carlota. Dans une vidéo, accompagné par des militaires vénézuéliens, Guaidó appelle les Vénézuéliens et l'armée à le soutenir pour mettre fin « définitivement à l'usurpation » de Nicolas Maduro[135]. Le ministre de l’intérieur Jorge Rodríguez s'exprime : « Nous informons le peuple du Venezuela qu'en ce moment, nous affrontons et neutralisons un petit groupe de traîtres de l'armée qui a pris position sur l'échangeur autoroutier d'Altamira pour mener un coup d'État »[135].

Des confrontations ont lieu entre les manifestants pro-Guaidó et les forces pro-Maduro, lors desquelles au moins 69 personnes ont été blessées[134]. Un militaire pro-Maduro aurait été blessé par balle[134]. La télévision locale montre un véhicule blindé foncer sur un groupe de manifestants pro-Guaidó[134].

L'ambassade du Chili puis celle de l'Espagne à Caracas, accueille à Leopoldo López et sa famille[134],[136]. Vingt-cinq soldats vénézuéliens demandent l'asile à l'ambassade du Brésil[137]. Le président brésilien Jair Bolsonaro réitère son soutien « à la transition démocratique en cours au Venezuela »[137].

Donald Trump assure que les Etats-Unis « se tiennent aux côtés du peuple vénézuélien ». John Bolton s'adresse au Vladimir Padrino López, au chef de la garde présidentielle Ivan Hernandez et au Maikel Moreno en disant « Votre heure a sonné. C'est votre dernière chance ». Bolton réaffirme que « toutes les options » étaient sur la table, sans préciser[134].

Le secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies Antonio Guterres, se prononce « toutes les parties à éviter de recourir à la violence». Le Groupe de Lima organise une réunion urgente sur la situation en Venezuela[134]. Cuba, la Bolivie et la Turquie critiquent le « mouvement putschiste » et condamnent « la tentative de coup d’État »[134].

Nouvelles manifestations

Le mercredi 1er mai était prévu comme le jour de « la plus grande marche de l'histoire », selon Guaidó[138]. Des milliers de Vénézuéliens se concentrent dans les rues à l'appel de Guaidó[138]. La Garde nationale bolivarienne procède à des tirs de gaz lacrymogènes sur les manifestants quI sont restés en fin d'après-midi[138]. Les services sanitaires reportent 46 blessés et les ONG locales indiquent une manifestante morte après avoir été blessée par balle[138]. Deux manifestants blessés sont décédés le lendemain[136]. Guaidó appelle à une grève générale et à une poursuite des manifestations au Venezuela dans le but de chasser Maduro du pouvoir[139],[140].

Maduro avertit « Mardi, une poignée de traîtres happés par la droite putschiste a voulu s’imposer […] Ils ont fui d’ambassade en ambassade, la justice les recherche et bientôt ils iront en prison pour payer leur trahison et leurs délits »[140]. Le 2 mai, Maduro rassemble 4500 soldats à Caracas dans la cour du fort Tiuna, la principale caserne du pays[136]. Dans son discours devant les militaires, Maduro affirme qu'il « n’hésiterait pas » à l’heure d’incarcérer les « traîtres »[136].

Le secrétaire d’État des États-Unis Mike Pompeo prévient qu'« une intervention militaire (était) possible. Si c’est nécessaire, c’est ce que feront les États-Unis »[139]. Le ministère des Affaires étrangères de la Russie, Sergueï Lavrov, répond « l’ingérence de Washington dans les affaires du Venezuela est une violation flagrante du droit international » et que « cette influence destructrice n’a rien à voir avec la démocratie »[139].

Une semaine plus tard, le gouvernement colombien dénonce une incursion non-déclarée de militaires vénézuéliens dans son territoire. Maduro annonce qu'« il y a une escalade de déclarations qui pourrait se terminer à la frontière par une escalade militaire des forces criminelles de Colombie contre le Venezuela »[141].

Poursuite contre des députés et libération de Simonovis

Edgar Zambrano, Vice-président de l’Assemblée nationale, arrêté en Mai

Le Tribunal Suprême de Justice (TSJ) vénézuélien lance un mandat d’arrêt contre Leopoldo López[136] et lance des poursuites judiciaires contre sept députés[note 1] de l'Assemblée nationale pour « haute trahison »[142]. L'Assemblée nationale constituante décide d'enlever l'immunité parlementaire des députés poursuivis en justice[142]. Le gouvernement espagnol annonce qu'il ne livrerait pas López aux autorités mais que celui-ci est tenu à un devoir de réserve[136]. Par la suite, sept autres députés sont poursuivis[143].

Les États-Unis, de leur côté, décident d'enlever les sanctions administratives contre l'ancien chef du SEBIN, Manuel Christopher Figuera, devenu opposant de Maduro pendant le soulèvement[142].

Le 8 mai, le vice-président de l'Assemblée nationale, Edgar Zambrano (en), inculpé de trahison par le TSJ[144], est arrêté par le SEBIN. Juan Guaidó déclare dans une conférence de presse : « Si nous pouvons parler de coup d’Etat au Venezuela, il est là : le démantèlement du Parlement »[145]. L’Argentine, la Colombie, le Chili, les États-Unis et le Pérou exigent la libération de Zambrano[146]. La porte-parole des affaires étrangères de l’Union européenne, Maja Kocijancic, appelle à « libération immédiate » d’Edgar Zambrano, cette arrestation étant  « une autre violation flagrante de la Constitution du pays »[145]. Deux des députés inculpés, Richard Blanco et Mariela Magallanes, cherchent refuge temporaire dans les ambassades d'Argentine et d'Italie, respectivement[145].

Le 14 mai, les forces de sécurité bloquent l'entrée de l'Assemblée nationale[147]. La session parlementaire est reportée au lendemain[147].

En accord avec une « grâce » ordonné par Guaidó, Iván Simonovis (en), ancien chef de renseignements en prison pour sa participation dans le coup d'État de 2002 contre Hugo Chávez, quitte sa résidence surveillée le 16 mars et se dirige vers les États-Unis[148].

Médiation en Norvège

Fin mai, des pourparlers entre des représentants de Maduro et Guaidó ont lieu à Oslo en Norvège[149]. Dans une première réunion, les délégations se sont réunies séparément avec les médiateurs norvégiens[149]. Le représentant vénézuélien aux Nations Unies, Jorge Valero, précise que le gouvernement de Maduro accepte le dialogue avec « l’opposition démocratique », et non pas avec « les marionnettes de l’empire américain »[150]. Selon Guaidó, le départ de Maduro et des nouvelles élections sont le seul objectif des médiations[149]. C'est la cinquième tentative de négociation entre l'opposition et le gouvernement de Maduro depuis 2013, selon Le Point « toutes soldées par des échecs »[149].

Juin: Relations internationales, enquête sur les délégués de Guaidó et deuxième visite du HCDH

Le gouvernement canadien ferme temporairement son ambassade au Venezuela, après que le gouvernement de Maduro ait refusé l'accréditation de diplomates. Le Venezuela ferme aussi son ambassade au Canada en « vertu du principe de réciprocité », indique le ministère vénézuélien des affaires étrangères[151].

Le 7 juin, Maduro ordonne la réouverture des passages frontaliers avec la Colombie, fermés depuis le 22 février[152].

Selon un article du journal Panam Post du 14 juin[153], deux délégués de Guaidó en Colombie, Rossana Barrera et Kevin Rojas, seraient impliqués dans une affaire de malversations de fonds privés destinés aux soldats vénézuéliens qui avaient déserté en février. Guaidó décide de relever les deux délégués de leurs fonctions et demande aux autorités colombiennes d'ouvrir une enquête sur ces accusations[154].

Après avoir finalisé sa visite du 19 juin, la directrice de HCDH de l'ONU, Michelle Bachelet, appelle à la libération des opposants emprisonnés[155]. Selon l'organisation non gouvernementale Foro Penal, il y a autour de 700 prisonniers politiques au Venezuela, un chiffre contesté par l'administration de Maduro[155]. La Commission de droits de l'homme assigne aussi des délégués dans le pays pour surveiller la situation humanitaire[155]. Michelle Bachelet, aussi prononce son soutien aux pourparlers en Norvège[155].

Censure et contrôle de la presse

Blocage de Wikipédia

Plusieurs sources signalent que l'accès à Wikipédia depuis le Venezuela est devenu impossible temporairement après que l'article de Juan Guaidó a été mis à jour pour y ajouter sa revendication quant à la présidence par intérim[156],[157],[158].

Mesures contre les journalistes

Deux journalistes français de l'émission Quotidien et leur producteur dans le pays sont arrêtés au Venezuela le 29 janvier par les autorités vénézuéliennes. Ils sont retenus pendant deux jours à l'Hélicoïde de Caracas, le centre du service de renseignements vénézuélien[159],[160]. Deux journalistes chiliens et deux reporteurs de l'agence de presse EFE sont aussi arrêtés et ultérieurement expulsés du pays[160].

Selon Le Monde, « de nombreux reporters étrangers ont été arrêtés ou expulsés ces dernières années au Venezuela, faute de visa »[160]. Arreaza dénonce que les journalistes étrangers soient entrés dans le pays « sans réaliser auparavant la demande de permis de travail auprès de nos consulats ». Il appelle les médias et agences internationales à « réaliser les démarches indispensables » pour « éviter des inconvénients »[160].

Le 26 février, le journaliste Jorge Ramos avec une équipe d'Univision est invité au palais présidentiel pour réaliser une interview[161]. Nicolas Maduro n'apprécie pas les questions posées et décide de retenir les journalistes pendant plus de deux heures et de confisquer leur matériel et les enregistrements[161]. D'après Ramos, l'entretien est arrêté lorsqu'il montre à son hôte la vidéo d'un enfant qui consomme des déchets[161]. Les journalistes sont expulsés du pays après l'interview[161]. Seize organisations de défense de la liberté d'expression, dont Human Rights Watch et Reporters sans frontières, dénoncent la brève détention de journalistes[161].

Dans son discours du 20 mars sur les violations de droits de l'homme au Venezuela, Michelle Bachelet se prononce contre les restrictions sur la liberté d'expression et de presse au Venezuela, utilisées par le régime de Maduro pour poursuivre en justice les journalistes et les politiciens qui ont des opinions contraires[118],[119].

Le 27 février la journaliste suédoise Annika Hernroth-Rothstein (en) s'exprime devant l'Assemblée nationale pour dénoncer l'agression dont elle dit avoir été victime de la part de forces paramilitaires pro-Maduro. Le 18 avril, Rothstein prend un avion pour retourner au Venezuela, mais elle est empêchée d'entrer au pays par les forces de l'ordre vénézuéliennes[162].

Télévision et radio

Pendant les événements du 30 avril, la diffusion des chaînes CNN International et BBC Monde est suspendu au Venezuela par la Commission nationale des télécommunications (CONATEL). CNN en espagnol n'émettait plus depuis 2017. Radio Caracas Radio (RCR), une radio locale d'information qui existait depuis 69 ans, est aussi suspendue par CONATEL[163],[164]. L'accès à Internet est aussi affecté[165].

Réactions internationales

Sanctions contre PDVSA

John Bolton et Steve Mnuchin annoncent des sanctions contre PDVSA

En janvier 2019, les États-Unis imposent des sanctions à la société publique de pétrole et de gaz naturel vénézuélienne PDVSA, faisant pression sur Maduro[166]. Les sanctions empêchent PDVSA d’être payée pour ses exportations de pétrole aux États-Unis et gèlent 7 milliards de dollars d’actifs américains de PDVSA. John R. Bolton estime la perte attendue à l'économie vénézuélienne à plus de 11 milliards de dollars en 2019[166],[167]. Lors d'une interview accordée à Fox Business, Bolton déclare :

« Nous sommes actuellement en pourparlers avec de grandes entreprises américaines. Je pense que nous essayons d'arriver au même résultat final. Cela fera une grande différence pour les États-Unis sur le plan économique si les compagnies pétrolières américaines peuvent vraiment investir dans les capacités pétrolières du Venezuela et les produire »[168]

En février, Maduro ordonne à PDVSA de déménager son bureau européen à Moscou afin de protéger la société à l'étranger des sanctions américaines[169],[167]. L'Assemblée nationale du Venezuela cherche des moyens d'accéder aux liquidités et aux installations du Venezuela à l'étranger[170]. La compagnie pétrolière russe Rosneft fournit du naphta au Venezuela et continue d’acquérir du pétrole vénézuélien qui, selon elle, provient de contrats en vigueur avant les sanctions imposées par les États-Unis[167],[171]. La filiale américaine de PDVSA, Citgo, annonce en février qu’elle couperait officiellement les liens avec PDVSA afin de se conformer aux sanctions imposées par les États-Unis au Venezuela et de suspendre les paiements à PDVSA. Guaidó et l'Assemblée nationale nomment un nouveau conseil d'administration Citgo sous la présidence de Luisa Palacios[170]. Guaidó annonce aussi des plans pour la réouverture de l'industrie pétrolière au secteur privé pour relancer l'économie[172].

Le 5 mars, les États-Unis annoncent des nouvelles sanctions visant 34 navires appartenant au PDVSA et deux compagnies, basées au Liberia et en Grèce, accusées de transporter du brut du Venezuela vers Cuba[122].

Sanctions bancaires

Le 17 avril, le Département du Trésor des États-Unis impose des sanctions contre la Banque centrale du Venezuela[173]. Selon le secrétaire du Trésor des États-Unis Steven Mnuchin les sanctions visent à empêcher que la banque centrale soit « utilisée par le régime illégitime de Maduro, qui continue à piller les biens vénézuéliens et à exploiter les institutions gouvernementales pour enrichir des initiés corrompus », il explique aussi « que les transactions courantes par cartes de débit et de crédit puissent continuer et que les transferts d'argent personnels et l'aide humanitaire continuent sans frein pour ceux qui souffrent sous la répression du régime de Maduro »[173]. Maduro qualifie les sanctions d'« illégales et immorales ». John Bolton annonce ces nouvelles mesures entre plusieurs sanctions que visent également Cuba et le Nicaragua[173]. L'Union Européenne et le Canada jugent les sanctions sur Cuba « regrettables »[174]. La commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström et la cheffe de la diplomatie de l'UE, Federica Mogherini, considèrent un « impact important » sur les entreprises européennes[174].

Les représentants pro-Maduro du gouvernement vénézuélien sont aussi soumis à des restrictions pour accéder à des fonds dans des banques européennes[173]. La Banque d'Angleterre gèle les avoirs du gouvernement vénézuélien dans les banques du Royaume-Uni[175].

Actifs et réserves

Une partie de réserves internationales du Venezuela est sur la forme de droits de tirage spéciaux (DST), un instrument monétaire géré par le Fonds monétaire international (FMI). Le gouvernement vénézuélien ne livrait plus de statistiques au FMI depuis 2016 et le stock de DST a diminué au cours des dernières années pour atteindre autour de 1 milliard de dollars en 2018[176]. Le 21 mars, le porte-parole du FMI déclare « comme la directrice générale Christine Lagarde l'a dit, nous sommes prêts à aider, une fois que la question de la reconnaissance officielle du gouvernement aura été clarifiée »[176]. Le FMI décide ainsi de geler l'accès du Venezuela à 400 millions de dollars déposés sous forme de DSTs[176].

Le mois de juin, selon l'agence de presse Reuters, les banques Deutsche Bank et Citibank auraient pris le contrôle de 1,4 milliard de dollars d'or des réserves du Venezuela, après que le gouvernement vénézuélien n'aurait pas réussi à rembourser ses dettes financières.[177]

Présence militaire russe

Le 24 mars, une centaine de militaires et de matériels arrivent au Venezuela provenant de la Russie[178],[179]. Guaidó dénonce les mesures comme étant anticonstitutionnelles [179]. Le président des États-Unis, Donald Trump exige que la Russie quitte le territoire vénézuélien[178]. Pence considère l'acte provocateur et Pompeo critique le soutien au régime de Nicolas Maduro[178]. À travers la ministre d'information Maria Zakharova, l'état russe réaffirme sa reconnaissance du gouvernement de Maduro. Selon les autorités russes, l'envoi fait partie d'une coopération bilatérale entre les deux pays[178]. Le Figaro compare la situation avec l'intervention militaire de la Russie en Syrie[178].

La société de technologie russe Rostec annonce l'ouverture au Venezuela de centres d'entraînement au pilotage d'hélicoptères militaires russes[180]. Le 4 avril, le gouvernement vénézuélien exprime sa volonté de renforcer la présence militaire russe dans le pays[180].

Reconnaissance internationale

Carte du 28 février 2019 illustrant le soutien à :
Nicolás Maduro ; Juan Guaidó ; l'Assemblée nationale ;
Neutralité ; Venezuela ; Pas de déclaration.

Organisations internationales

Notes

  1. Les sept députés sont: Henry Ramos Allup, Luis Florido, Marianela Magallanes, Simon Calzadilla, Amerigo De Grazia, Richard Blanco et Edgar Zambrano.
Original: Original:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_présidentielle_de_2019_au_Venezuela