Crise présidentielle de 2019 au Venezuela
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Nicolás Maduro (à gauche) et Juan Guaidó (à droite) sont les deux protagonistes de la crise présidentielle.
Informations générales
Date depuis le
(1 mois et 2 jours)
Lieu Caracas (Venezuela)
Issue en cours[1]
Belligérants
Gouvernement

Organes internes

Organismes supranationaux

États

États non-membres de l'ONU

Organisations

Opposition

Organes internes

Organismes supranationaux

États :

  1. a b c d e et f pays membres du Groupe de Lima
Commandants
Nicolás MaduroJuan Guaidó
Coordonnées 10° 30′ nord, 66° 54′ ouest

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Crise présidentielle de 2019 au Venezuela

Depuis le 10 janvier 2019, une crise présidentielle est en cours au Venezuela, rendant incertain le tenant de la présidence.

Celle-ci oppose le président sortant, Nicolás Maduro, à Juan Guaidó, soutenu par le Parlement, qui considère illégitime la réélection du premier. Juan Guaidó s'autoproclame président par intérim le 24 janvier 2019 et obtient la reconnaissance de plusieurs pays.

Contexte

L'élection présidentielle de mai 2018 a abouti à la réélection du président sortant Nicolás Maduro. Toutefois, de nombreuses irrégularités ont été relevées, menant plusieurs observateurs à douter de la validité de l'élection[45],[46] et à considérer que Maduro gouverne le pays de façon dictatoriale, mais sans efficacité[47],[48],[49]. Des personnalités politiques nationales et étrangères ne peuvent croire que Maduro ait été légitimement élu[50]. Dans les mois précédant son investiture le 10 janvier 2019, Maduro est encouragé à démissionner par plusieurs États et organisations internationales dont le Groupe de Lima (hormis le Mexique), les États-Unis et l'Organisation des États américains, l'insistance croissant après l'investiture de l'Assemblée nationale le 5 janvier 2019[51],[52],[53]. L'Assemblée nationale a été privée de la plupart de ses pouvoirs en 2017 après être passée à l'opposition en 2016[54].

Nicolas Maduro et son gouvernement reçoivent le soutien de l'Assemblée constituante, tandis que Juan Guaidó est soutenu par l'Assemblée nationale, proche de l'opposition.

Déroulement

Dissensions au sein des loyalistes

Un des premiers signes majeurs de l'imminence de la crise fut la défection d'un juge du Tribunal suprême de justice, considéré proche de Maduro, vers les États-Unis, quelques jours à peine avant son investiture à la présidence du 10 janvier. Le juge, Christian Zerpa (es), a annoncé que Maduro était « incompétent » et « illégitime »[51],[52],[55].

S'y ajouta la découverte par les services de renseignement américains que l'un des proches conseillers de Maduro, son ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez (en), aurait demandé à Maduro de le remplacer, menaçant de démissionner s'il ne le faisait pas[56].

Le 26 janvier, le colonel José Luis Silva, attaché militaire à Washington, fait défection[57]. Le 2 février, le général Francisco Yanez, fait à son tour défection[58]. Le jour même, Jonathan Velasco, ambassadeur en Irak, fait également défection[59]. Le 9 février, le colonel Rubén Alberto Paz Jiménez fait de même[60].

Absence de reconnaissance internationale

Bien que l'élection de Maduro a été saluée par la Chine, la Russie, le Mexique, et l'Alliance bolivarienne pour les Amériques[61],[62], de nombreux pays et organismes internationaux ont soutenu l'Assemblée nationale dans son rejet de la légitimité de Maduro, dont certains ont coupé leurs relations diplomatiques, et d'autres ont appelé à la démission ou à la destitution de Maduro[52],[53],[56],[63].

Maduro a répondu à ces accusations en les dénonçant comme de « l'impérialisme américain », et a comparé l'ingérence étrangère au colonialisme[63].

Cabildo ouvert

Article détaillé : Cabildo ouvert.
Juan Guaidó entouré de membres de l'opposition lors du cabildo ouvert à Caracas le 11 janvier 2019.

Juan Guaidó, nouvellement élu président de l'Assemblée nationale du Venezuela, a entamé des motions pour former un gouvernement de transition dès qu'il a pris ses fonctions le 5 janvier 2019 ; selon lui, que Maduro commence son mandat le 10 janvier ou non, le Venezuela n'aurait pas de président légitimement élu[64]. Au nom de l'Assemblée nationale, il fut l'un des premiers à dénoncer le maintien de Maduro à la présidence, estimant que le pays était de facto tombé en dictature et n'avait plus de dirigeant[65], et que l'Assemblée nationale se considérait en état d'urgence[66]. C'est dans cette déclaration qu'il a appelé pour la première fois au coup d'État, exhortant « les soldats qui portent leur uniforme avec honneur de faire un pas en avant et de faire appliquer la Constitution » qu'il a demandé « aux citoyens leur confiance, leur force, et de nous accompagner sur cette route »[66].

Il a alors annoncé qu'il tiendrait un cabildo ouvert le 11 janvier[67], qui prit la forme d'un meeting dans les rues de Caracas où l'Assemblée nationale annonça que Guaidó prenait le pouvoir comme lui permettait la Constitution du Venezuela, ainsi qu'un projet de destitution du président Maduro[68].

Il était aussi prévu lors de ce cabildo ouvert de laisser parler des dirigeants d'autres partis politiques et de syndicats, des femmes, et des étudiants. Les dirigeants d'autres partis n'ont pas parlé de leurs dissensions, mais de ce qu'ils considèrent comme la faillite de la révolution bolivarienne qu'ils appellent donc à renverser. Les étudiants ont été représentés par Rafaela Requesens (en) (présidente de la Fédération des centres d'étudiants de l'Université centrale du Venezuela) et Marlon Díaz ; Requesens a appelé à l'unité, militant pour que tous les Vénézuéliens de tous bords politiques œuvrent avec les organisations internationales qui les soutiennent à la destitution de Maduro. José Elías Torres, de la Fédération unifiée des travailleurs vénézuéliens, a lu un manifeste de leurs opinions, prêtant allégeance à Guaidó[68].

La première réponse de Maduro au cabildo fut de traiter l'opposition de « petits garçons », décrivant Guaidó comme « immature ». Plus menaçante, Iris Varela, ministre des Services pénitentiaires, indiqua qu'elle avait déjà choisi une cellule pour Guaidó, et lui demanda de nommer rapidement un cabinet afin de la laisser se préparer pour eux aussi[69]

Déclaration de Guaidó

Communiqué du 15 janvier 2019 par l'Assemblée nationale pour signifier une usurpation de la présidence par Nicolás Maduro.

Après le discours de Guaidó, l'Assemblée nationale a publié un premier communiqué de presse selon lequel il était désormais président par intérim. Un second communiqué remplaça le premier et clarifia la position de Guaidó, réaffirmant sa volonté de devenir président par intérim, mais précisant que le pouvoir devait encore être pris[70]. Cette motion n'était pas considérée comme un coup d'État, compte tenu de l'« illégitimité » reconnue de Maduro par plusieurs gouvernements étrangers, et des processus constitutionnels que l'Assemblée nationale suivait[71], en particulier les articles 233, 333, et 350 de la Constitution vénézuélienne qu'ils invoquent[68]. Le jour-même, Guaidó a reçu une lettre du président du Tribunal suprême de justice vénézuélien en exil (en), basé au Panama, lui demandant de devenir président par intérim du Venezuela[72].

Guaidó a annoncé l'organisation de manifestations nationales le 23 janvier, avec comme mot d'ordre « ¡Si se puede! » (« Oui, nous pouvons ! »)[71]. Il s'agit de la date anniversaire de la destitution de Marcos Pérez Jiménez en 1958[73]. L'Assemblée nationale a travaillé conjointement avec le mouvement citoyen FAVL pour créer un plan d'action pour les manifestations, organisant une force nationale unifiée[35]. C'est aussi le 11 janvier qu'ont été révélés des plans comprenant des mesures incitatives pour les forces armées désavouant Maduro[74].

L'Organisation des États américains a été la première à saluer cette action, annonçant qu'elle « voyait d'un bon œil la prise de pouvoir par Juan Guaidó comme président par intérim selon l'article 233 de la Constitution politique. Vous avez notre support, celui de la communauté internationale, et celui du peuple vénézuélien »[71]. Plus tard dans la journée, le Brésil et la Colombie ont assuré Guaidó de leur soutien dans son rôle de président par intérim[75].

Les experts en politique vénézuélienne, comme David Smilde du Washington Office on Latin America, ont suggéré que la situation pourrait mettre en colère Maduro, qui considérait déjà l'Assemblée nationale comme des traîtres depuis qu'ils n'avaient pas assisté à son investiture, et qu'il pourrait arrêter et attaquer ses membres. Un ami de Guaidó a répondu qu'ils était au courant des risques, mais qu'ils pensaient que c'était nécessaire au retour de la démocratie[71].

Annonces de soutien

Avec le soutien de plus en plus d'États et d'organisations supranationales pour « le seul organe démocratique légitime » du Venezuela, des entreprises ont aussi pris l'arrivée d'un gouvernement de transition comme un signe pour cesser les discussions et négociations avec Maduro. Ce fut notamment le cas du Comité des créditeurs du Venezuela, une banque capable d'offrir des prêts au Trésor, et qui n'avait pas réussi à finaliser un accord avec Maduro en 2017[76] ; et des entreprises représentées par l'OFAC, comme PDVSA (la plus grande compagnie pétrolière du pays, sachant que l'industrie pétrolière est la première industrie du pays) et EleCar (es) (qui fournit de l'électricité à Caracas et dans sa région)[2].

À l'échelle nationale, c'est le parti Vente Venezuela (es), par le biais de sa présidente María Corina Machado, qui a rencontré Juan Guaidó le 12 janvier pour l'assurer de son soutien[77].

Le 16 janvier, l'Assemblée nationale appelle à la « désobéissance »[78], promettant une amnistie aux militaires[79]. Le 17 janvier, des militaires en exil au Pérou, répondent à l'appel[80].

Groupe de Lima et dispute territoriale avec le Guyana

Dans la soirée du 11 janvier et le lendemain, plusieurs pays du Groupe de Lima qui n'avaient pas encore fait de déclarations en leur nom propre commencèrent à les publier. Toutes se rejoignent dans le fait de ne pas reconnaître Maduro comme président, mais elles se concentrent sur les positions individuelles de chaque État quant au non-interventionnisme dans une dispute territoriale distincte entre le Venezuela et le Guyana[81],[40],[82]. Malgré cela, le gouvernement Maduro, par le moyen de plusieurs communiqués de presse vice-présidentiels, prétend que ces pays sont revenus sur leurs déclarations et le soutiennent maintenant[81],[83]. Les faits le contredisent et les déclarations de non-intervention sont perçues comme des concessions pour éviter des actions brusques de Maduro après des menaces qu'il a porté aux membres du Groupe[81],[82]. Le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Jorge Arreaza déclare que le Venezuela a reçu des notes diplomatiques de quelques membres du Groupe de Lima à propos de la dispute territoriale[81]. Le Panama a réaffirmé les neuf points originels du Groupe de Lima, soulignant des problèmes de droit international[81]. La Colombie a réitéré les résolutions du Groupe, et a affirmé soutenir « la restauration de la démocratie et de l'ordre constitutionnel au Venezuela », précisant qu'ils n'avaient pas de position sur la dispute territoriale[40]. Le 13 janvier, Arreaza déclare qu'à l'exception du Paraguay et du Canada, auxquels ils donne 48 h pour se rétracter, l'ensemble des pays du Groupe de Lima ont rectifié leur position[84]. Le Groupe de Lima, hormis le Mexique qui prône une stricte non-intervention dans les affaires internes du Venezuela[85], continue de soutenir le gouvernement de transition Guaidó, le ministre des Affaires étrangères du Chili parlant même de « soutien illimité »[86].

Arrestation de Guaidó par le SEBIN

Le 13 janvier, lors d'un trajet en voiture, des hommes du SEBIN, service bolivarien de renseignement contrôlé par Maduro, arrêtent Juan Guaidó[1]. Il est libéré une heure plus tard[1].

Blocage de Wikipédia

Plusieurs sources ont signalé que l'accès à Wikipédia depuis le Venezuela était devenu impossible après que l'article de Juan Guaidó a été mis à jour pour y ajouter sa revendication quant à la présidence par intérim[87],[88],[89].

Mutinerie au sein de la garde bolivarienne

Le 21 janvier, 27 soldats de la garde bolivarienne appellent à ne pas reconnaître le président Maduro. Ils séquestrent 4 soldats loyalistes et volent des armes de guerre dans le poste militaire de Petare (est de Caracas)[90]. Puis ils se dirigent vers la caserne de Cotiza (nord de Caracas), où ils tournent des vidéos appelant la population à ne pas reconnaître Maduro et à les soutenir[90]. Les militaires de Cotiza décident de rester du côté du gouvernement, tandis qu'à l'inverse des habitants civils des alentours viennent manifester pour soutenir les insurgés[90]. Les militaires insurgés sont arrêtés le jour même[91] par les soldats loyalistes, tandis que les manifestants civils sont dispersés par la police à l'aide de gaz lacrymogène[90]. Les militaires de Cotiza obligent les journalistes qui couvraient l'événement à effacer les données récupérées, cependant une vidéo d'un affrontement entre la police et les manifestants civils filmée par la télévision colombienne Nuestra Tele Noticias 24 filtre sur Twitter[90]. Les militaires insurgés sont amenés à Fuerte Tiuna, le principal complexe militaire du pays[90].

Une statue d'Hugo Chávez est brûlée[92].

Autoproclamation de Juan Guaidó

Le , après une grande marche de l'opposition, Juan Guaidó s'autoproclame « président en exercice » du Venezuela et prête serment au cours d'une manifestation organisée à Caracas[93]. Il obtient immédiatement la reconnaissance des États-Unis, du Canada, du Brésil, de la Colombie et du Pérou[94],[95].

Bloomberg News affirme que la Banque d'Angleterre a gelé les avoirs du gouvernement vénézuélien dans les banques du Royaume-Uni[96].

Le , la Cour suprême du Venezuela interdit toute sortie du territoire à Juan Guaido, qui s'est auto-proclamé président et qui reconnaît avoir « discuté avec le président » Donald Trump[97].

Le 2 février, des milliers de manifestants des deux camps sont dans les rues, tandis que Maduro propose des législatives anticipées[98].

Blocage de convois humanitaires via la Colombie

Le 6 février 2019, Maduro exprime sa crainte d’acheminement d’armes au Venezuela via des convois humanitaires. L’armée vénézuélienne bloque, de ce fait, le pont frontalier reliant les villes de Tienditas (Venezuela) et de Cúcuta (Colombie). Un député de l’opposition Franklyn Duarte, dénonce ce blocage. Pour Duarte, l’ordre de bloquer l’entrée du convoi humanitaire au Venezuela par la frontière avec la Colombie, vient directement du pouvoir de Nicolás Maduro et de son ministre de la Défense, Vladimir Padrino López[99].

Selon la politologue Maryhen Jimenez Morales de l'Université d'Oxford, le convoi humanitaire n'est autre qu'un « cheval de Troie envoyé par les alliés de Guaidó pour créer une brèche dans le soutien de l'armée à Maduro »[100].

Le 8 février, Guaidó dit ne pas exclure de demander une intervention militaire américaine pour renverser le régime si celui-ci continue de bloquer l'entrée de l'aide humanitaire[101].

Réactions internationales

Carte illustrant le soutien à :
     Nicolás Maduro ;
     Juan Guaidó ;
     l'Assemblée nationale.
Les pays colorés en gris ont exprimé leur neutralité.

Non-reconnaissance de Juan Guaidó

  • Drapeau de la Suisse Suisse - Le 4 février 2019, la Suisse annonce qu'elle « ne reconnaît en principe que des États, pas des gouvernements » et qu'elle ne reconnaîtra donc pas tout de suite Guaidó comme président par intérim. Le pays demande à ce que « la sécurité des parlementaires et du président du Parlement, Juan Guaidó, soit assurée »[102].

Le même jour, l'Italie ne reconnaît pas non plus Guaidó président du Venezuela et bloque une position commune de l'Union européenne. La Grèce, la Belgique et l'Irlande font de même[103].

Organisations internationales

Original: Original:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_présidentielle_de_2019_au_Venezuela