Massacre de Sobane-Kou
Date -
Lieu Sobane-Kou, près de Sangha (Mali)
Victimes Civils dogons
Morts 35 au moins[1]
Disparus 19[2]
Auteurs Djihadistes ou miliciens peuls (suspectés)
Guerre Guerre du Mali
Coordonnées 14° 28′ 00″ nord, 3° 19′ 00″ ouest

Géolocalisation sur la carte : Afrique

(Voir situation sur carte : Afrique)
Massacre de Sobane-Kou

Géolocalisation sur la carte : Mali

(Voir situation sur carte : Mali)
Massacre de Sobane-Kou

Le massacre de Sobane-Kou[3] a lieu les et , pendant la guerre du Mali.

Contexte

Depuis 2017, dans la région de Mopti, au centre du Mali, des violences communautaires opposent les Dogons et les Bambaras aux Peuls, notamment après l'apparition dans cette région en 2015 de la katiba Macina, dirigée par le prédicateur peul Amadou Koufa[4],[5].

En 2019, les violences se poursuivent : au moins 160 civils peuls sont tués le 23 mars par des chasseurs dozos dogons dans un massacre à Ogossagou, près de Bankass[4]. Le 6 juin, la MINUSMA affirme avoir recensé la mort d'au moins 250 civils depuis le début de l'année dans le centre du Mali[6]. Selon la MINUSMA, entre janvier 2018 et mai 2019, au moins 91 violations des droits de l'Homme ayant fait au moins 488 morts et 110 blessés ont été commises par des chasseurs dogons et au moins 67 violations des droits de l'Homme à l'origine de 63 morts et 19 blessés ont été commises par des groupes d'autodéfense peuls[2],[7].

Déroulement

Le soir du 9 juin 2019, des hommes armés arrivent aux abords de Sobane-Kou, un village dogon de 300 habitants situé dans la commune de Sangha, dans le Cercle de Bandiagara[8],[2],[9]. Vers 17 heures, les habitants les aperçoivent en train d'encercler le village[2],[10],[9] et se cachent dans leurs maisons, croyant alors à un vol de bétail, comme il y en avait eu dans cette même localité quelques jours plus tôt[2],[11]. Mais quelques heures plus tard, pendant la nuit, les hommes armés lancent l'attaque[8],[10],[11]. Ils incendient les habitations et abattent tous ceux qui essayaient d'en sortir[2].

Selon Ali Dolo, maire de Sangha, les assaillants ont « brûlé vifs les habitants dans leurs maisons. Tous ceux qui ont tenté de fuir ont été abattus : femmes, vieillards, enfants, sans distinction ! »[10]. D'après un rescapé, nommé Amadou Togo, « certains ont été égorgés et éventrés, des greniers et du bétail ont été brûlés. Personne n'a été épargné : femmes, enfants et vieilles personnes »[9]. Selon lui les assaillants étaient une cinquantaine, « lourdement armés, venus à bord de motos et de camionnettes »[9].

L'armée malienne arrive sur place dans la matinée, après les tueries[2],[8], alors que le poste militaire le plus proche ne se trouvait qu'à une vingtaine de kilomètres, à Diankabou[10]. Selon le maire Ali Dolo, seulement 50 survivants sur les 300 habitants du village sont retrouvés le jour même[10]. 108 personnes ont été retrouvées dans une école plus tard[12].

Bilan humain

Dans la journée du 10 juin, un élu de la commune de Koundou déclare anonymement à l'AFP que 95 corps, calcinés, ont été retrouvés, mais que les recherches se poursuivent[8]. Une source sécuritaire malienne de l'AFP donne un bilan identique et indique que le village a été « quasiment rasé »[8]. Le ministère malien de la Défense et le maire de Sangha confirment la découverte de 95 corps et annoncent que 19 personnes sont portées disparues[2]. Le nombre de morts a été révisé à 35 dont 24 enfants le 11 juin, le bilan de 95 morts étant dû à la réduction du nombre de morts et de disparus[1].

Réactions

Mahamat Saleh Annadif, le représentant spécial de la MINUSMA, parle d'« un choc, une tragédie »[8] et d'un « acte d'une barbarie inqualifiable »[9] : « Dans cette spirale de la violence, il n'y a pas les méchants d'un côté et les gentils de l'autre. Tout le monde est responsable. Le seuil de l'intolérable est atteint et le temps d'un sursaut national s'impose »[9].

Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, condamne également l'attaque et appelle les protagonistes à la « retenue » et à « s'abstenir de représailles »[9]. Il « exhorte le gouvernement et tous les acteurs à engager un dialogue intercommunautaire pour résoudre les tensions et les différends »[9].

L'association des chasseurs dogons de Dan Na Ambassagou déclare avoir « constaté avec beaucoup d’indignation l’attaque barbare et ignoble commise sur le village de Sobane » et « condamne avec la dernière énergie cet acte terroriste et génocidaire intolérable »[8]. Elle affirme considérer l'attaque de Sobanou-Kou « comme une déclaration de guerre » : « Il est désormais établi que ni l’État, ni la communauté internationale ne s’intéressent à la vie des populations meurtries depuis bientôt cinq ans. [...] La lutte pour la sauvegarde de la dignité et de la liberté du Pays Dogon est ouverte. Nous sommes désormais résolus à verser notre sang pour la dignité humaine »[10].

Le , le président Ibrahim Boubacar Keïta déclare un deuil national de trois jours et limoge le gouverneur de la région de Mopti, le général Sidi Alassane Touré[13].

Références

  1. a et b « Attaque dans un village dogon au Mali: le bilan passe de 95 à 35 tués, dont 24 enfants », sur Radio-télévision belge de la Communauté française, (consulté le 17 juin 2019).
  2. a b c d e f g et h Près d'une centaine de morts dans l'attaque d'un village dogon dans le centre du Mali, France 24 avec AFP, 10 juin 2019.
  3. Selon les sources, on observe plusieurs variantes dans la transcription de ce toponyme, telles que : Sobane, Sobame, Sobane-Da, Sobame-Da
  4. a et b Serge Daniel, Plus d'une centaine de civils tués au Mali, AFP, 23 mars 2019.
  5. Dougoukolo Alpha Oumar Ba-Konaré, Entre faux djihadistes et faux dozos, les civils piégés dans le centre du Mali, Le Monde, 2 janvier 2019.
  6. Mali: la Minusma recense 250 civils tués dans le centre du pays depuis janvier, RFI, 7 juin 2019.
  7. « Mali : au moins 95 morts dans l'attaque d'un village dogon », sur /www.lexpress.fr, (consulté le 17 juin 2019)
  8. a b c d e f et g Mali : au moins 95 personnes tuées dans l’attaque d’un village dogon dans le centre du pays, Jeune Afrique avec AFP, 10 juin 2019.
  9. a b c d e f g et h Serge Daniel et Kassim Traoré, Une centaine de morts dans un nouveau «carnage» au Mali, AFP, 10 juin 2019.
  10. a b c d e et f Morgane Le Cam, « J’ai découvert 95 corps et seulement 50 survivants » : massacre d’un village dogon au centre du Mali, Le Monde, 10 juin 2019.
  11. a et b Une centaine de morts après l’attaque d’un village dogon dans le centre du Mali, RFI, 10 juin 2019.
  12. « Après le massacre de Dogons, Ibrahim Boubacar Keita attendu à Sangha », sur France 24, (consulté le 17 juin 2019).
  13. « Deuil national et destitution du gouverneur de Mopti », sur VOA Afrique,
Original: Original:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_Sobane-Kou